.
On ne peut parler du village de Iwol qui veut dire en Bedik «l’arbre de Karité» sans pour autant parler de Jean Baptiste Keita. La cinquantaine bien sonnée, J B Keita excelle dans l’art de conter l’histoire de cette ethnie originaire du Mali et qu’on retrouve dans la région de Kédougou, dans l’arrondissement de Bandafassi. Lorsqu’il narre l’histoire et la culture bédik, J B K le fait avec aisance et beaucoup de naturalisme. Il est ce qu’on pourrait appeler le gardien du temple et le dépositaire de la mémoire collective de toute la communauté bedik. L’ethnie Bedik est l’une des quatre ethnies minoritaires que compte la région.
Âgé de 55 ans, monogame et père de cinq enfants, l’apparence de Jean Batiste ne reflète pas son âge. Il le porte bien. À l’image d’un jeune adulte quant il monte et descend des grottes pour aller cultiver dans son champ. Chaussures plastiques bien nouées à ses pieds, le travail de la terre est son affaire. En effet, ce quinquagénaire est l’un des rares pour ne pas dire l’unique intellectuel du village de Iwol bien que n’ayant que le niveau du CE1. Tel Birago Diop dans les contes d’Amadou Coumba, jean Baptiste n’éprouve aucune difficulté à conter l’histoire du village Bedik. Dans un français approximatif, il maitrise le sujet de telle sorte que le visiteur est séduit quant il narre l’histoire de la communauté bedik. Derrière ce conteur se dissimule un homme d’une grande amabilité et d’une humilité sans commune mesure. Il a toujours le sourire aux lèvres quant il vous parle. «Je m’appelle Jean Baptiste Keita, je suis l’interprète des Bediks auprès des visiteurs» dit il quant il se présente à vous. Son bas niveau d’étude ne lui a pas empêché d’implanter une école dans le village pour les plus petits. Il a fait plus de 19 ans d’enseignement dans sa localité. Les élèves les plus brillants sont conduits à l’internat de l’école de la mission catholique à Kédougou. Ses lourdes tâches dans le village ne lui ont pas permis de continuer. C’est ainsi, qu’il a formé un jeune pour prendre sa relève et s’occuper de la scolarisation des enfants. J B Keita est l’homme à tout faire dans son village. C’est le pharmacien, le directeur de l’école, le catéchiste, le conseiller et le représentant du chef de village. Il a été élu à l’unanimité dans le village pour occuper ces fonctions certainement en raison de son « intellectualisme ». L’homme est incontournable dans le village et est au cœur de toutes les activités de la communauté. À l’en croire« nous sommes autonomes. On ne sent pas l’État du Sénégal. On est dépourvu de toute infrastructure de base et on ne bénéficie d’aucune aide venant de ce dernier ». C’est grâce à mes connaissances que le village reçoit de l’aide venant de l’extérieur. Nous nous débrouillons avec ça». Il essaie tant bien que mal de suivre son homonyme de la bible jeans Baptiste qui a baptisé Jésus Christ (psl à son âme). Depuis sa naissance, le 02 Mars 1955 à Iwol, il n’a pas quitté son village natal jusqu’à nos jours. Il invite l’État à doter le village de quelques services sociaux de base pour le faire sortir de sa torpeur et sa solitude.
